L'EXPEDITION DE BUCKINGHAM


 

De 1622 à 1628, l'Ile de Ré devient le théâtre d'une guerre qui ne la concerne pas et dont des aspects offrent le caractère d'un roman.

La Rochelle se dresse devant la volonté royale et contre Richelieu, ministre intransigeant.

L'ile de Ré, voisine a le malheur de devenir champ de bataille.

En 1627, la querelle reprend. Georges Villiers, petit gentilhomme anglais devenu favori tout puissant de Jacques, puis de Charles d'Angleterre, avait pris l'habitude de voir céder à son charme.

Or, conduisant de façon hasardeuse la diplomatie anglaise, il échoue dans son ambassade à Paris. L'amitié entre les deux couronnes tourne rapidement à l'aigre et Buckingham lui-même, malgré sa séduction et aussi sa hardiesse, n'arrive pas à conquérir la reine de France, Anne d'Autriche. Louis XIII s'oppose à ce qu'il revienne en France, il y reviendra donc, l'Île de Ré en fera les frais. Il y conduit une expédition destinée à secourir les Huguenot Rochelais dont le roi d'Angleterre se croit le protecteur attitré.

La situation se présente de la façon suivante. Les Anglais tiennent l'ile entière sauf la citadelle de Saint-Martin et le fort de Prée.

Le siège, commencé dans les dernier jours de juillet, dure jusqu'au 8 novembre. En août les Anglais entourent la citadelle de fossés et essaient de couper l'accès par la mer. Buckingham compte sur le blocus et la famine. 

Pour l'accélérer, il fait rudement pousser vers les lignes françaises des femmes et des enfants ; recueillis dans la citadelle, ils accroissent le nombre de bouches inutiles.

La diminution des vivres et même de l'eau, l'inconfort de la citadelle inachevée où manquent les abris, tout sape le moral des soldats Rétais. Leur chef, Toiras envoie donc trois volontaires qui par la grève gagnent le fort de la Prée. De là, ils se lancent vers le continent à la nage. L'un se noie, l'autre est pris par un navire anglais, le troisième réussit et aborde non loin d'un fort tenu devant la Rochelle par les troupe royales. En chemise trempée, il est conduit devant le duc d'Angoulême et lui remet les lettres de Toiras contenues dans un étui couvert de cire qui pendait à son cou. Cent écus de pension sur les gabelles récompenseront ce Gascon sportif, Pierre Lanier, et il sera chanté en vers latins et Français.

L'effort se développe sur deux plans, ravitaillement de Toiras et débarquement dans l'île. Il faut faire vite car les ressources des assiégés diminuent. Le 7 octobre, la lune est obscure, la marée de vive eau, le vent passe au noroît, dont nuit obscure, grosse marée, bon vent, toutes conditions favorables pour la flottille composite qui, rassemblée aux Sables-d'Olonne, va tenter de forcer le blocus anglais. 

35 petits navires ou barques, 60 gentilshommes, 250 soldats, 500 marins, provisions et minutions. Dans la nuit du 7 au 8 octobre 1627, ils font route sur Saint Martin.  Dans l'obscurité, une mêlée confuse s'engage, les uns essayant de barrer le passage, les autres d'écarter l'ennemi et les obstacles, sur 35 navire, 29 passent et ravitaillent Toiras.

Le 6 novembre, Buckingham tente un dernier assaut. 4000 à 5000 anglais se ruent contre la citadelle, mais au bout de deux heures, c'est une totale défaite des anglais et leurs propres tranchées servent de tombes à leurs morts. Buckingham décide la retraite générale et le départ pour le 8 novembre.

L'importance de l'échec de la tentative anglaise sur Ré apparaît comme considérable. A court terme, le résultat fut l'impossibilité de secourir la Rochelle et par la suite la chute de la ville au bout d'un an. Quant aux Rétais, les catholiques libérés triomphent, certains marient leurs filles aux soldats du Roi.

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